Mériquité · Centre de référence
Direct Facebook · Questions et réponses

Les trente questions du direct

Pendant son direct Facebook, des internautes ont interrogé Guillaume Kigbafori Soro sur la Mériquité : son projet pour le pays, ses mécanismes concrets, ses limites, sa place face aux autres doctrines, et ses conséquences pour la jeunesse, les régions et la diaspora. Les réponses sont reproduites intégralement.

  1. 1. Quel est votre projet pour la Côte d'Ivoire dans l'état actuel des…
  2. 2. Monsieur le Président, n'est-ce pas une approche ingénieuse que de…
  3. 3. Comment instaurer une véritable Mériquité dans une société où la n…
  4. 4. Quelle serait l'une des méthodes permettant à cette nouvelle doctr…
  5. 5. Comment la Mériquité compte-t-elle donner une véritable chance aux…
  6. 6. Si demain la Mériquité était appliquée dans un pays, quel serait l…
  7. 7. Que pensez-vous de la situation sociopolitique de la Côte d'Ivoire…
  8. 8. Comment la Mériquité va-t-elle s'appliquer au niveau de vie des Iv…
  9. 9. Ma question est de savoir si la Mériquité n'est pas un concept de …
  10. 10. Est-ce que la Mériquité, c'est le dépassement de soi ?
  11. 11. Quelles pourraient être les autres forces idéologiques et politiqu…
  12. 12. La Mériquité peut-elle réellement contribuer à construire une souv…
  13. 13. Excellence, vous insistez sur le fait que ce n'est ni un programme…
  14. 14. Dans un pays défiguré, balafré et balkanisé par des crises success…
  15. 15. En une phrase, que doit retenir un jeune Ivoirien de 20 ans de “La…
  16. 16. Vous avez parlé des doctrines du libéralisme et du socialisme. Peu…
  17. 17. Président, maintenant que cette vision est posée, quel est, selon …
  18. 18. « On célèbre son ethnie. On ne distribue pas avec elle les postes,…
  19. 19. Vous refusez à la fois la division ethnique et l'uniformité imposé…
  20. 20. L'État doit « protéger, tranquilliser et développer ». Pourquoi av…
  21. 21. Quelles sont les limites potentielles de la Mériquité ? Comment év…
  22. 22. L'anecdote des dix pintades est fondatrice. Au-delà du symbole, qu…
  23. 23. Vous affirmez qu'on n'est jamais quitte de cette dette. Comment co…
  24. 24. La Mériquité s'assimile-t-elle au progressisme, comme on le voit a…
  25. 25. Merci au Président pour son exposé. Ma question est la suivante : …
  26. 26. Où se situe donc la limite entre le soutien obligatoire de la coll…
  27. 27. Comment la Mériquité compte-t-elle valoriser le mérite individuel …
  28. 28. Si la Mériquité pose que chaque citoyen naît avec une dette social…
  29. 29. Avec quel pays faudrait-il s'associer, notamment avec une grande p…
  30. 30. Quels seront les mécanismes que vous déployerez pour l'effectivité…
Question 1 · Jean Michel Zama

Quel est votre projet pour la Côte d'Ivoire dans l'état actuel des choses ?

Mon projet est de reconstruire une Côte d'Ivoire dans laquelle l'État protège, tranquillise et développe.

Protéger, c'est garantir les libertés, l'État de droit et une justice devant laquelle le citoyen le plus humble peut obtenir raison contre le gouvernant le plus puissant.

Tranquilliser, c'est restaurer la confiance afin que les Ivoiriens ne vivent plus sous la peur, l'arbitraire ou la division.

Développer, c'est commencer par l'école, former les capacités humaines et construire une économie permettant à chacun de vivre dignement de son travail.

Ce projet exige également que l'accès aux emplois, aux concours, aux marchés et aux bourses repose sur des critères écrits, publics et vérifiables ; que l'appartenance ethnique ou politique ne serve jamais de titre ; et que les ressources naturelles demeurent sous la maîtrise collective de la Nation.

La Mériquité en fournit la règle directrice : recevoir la Côte d'Ivoire telle qu'elle est, juger lucidement son héritage, corriger ce qui est injuste et la transmettre plus libre, plus juste, plus prospère et plus tranquille.

Question 2 · Abou Ouattara

Monsieur le Président, n'est-ce pas une approche ingénieuse que de chercher à solutionner, à la racine, tous les maux qui gangrènent la société ivoirienne ? À regarder de près, n'est-ce pas aussi une manière de créer un Ivoirien nouveau ? Quand on sait qu'aujourd'hui, l'Ivoirien est devenu friand de tous les maux qui nous dénaturent. Cependant, comment le mérite peut-il prendre forme lorsque nous devons compétir face aux faux documents détenus par des non-Ivoiriens ?

La Mériquité ne cherche pas à fabriquer autoritairement un « Ivoirien nouveau ». Elle veut construire des institutions qui forment des citoyens libres, intègres, responsables et solidaires, car l'homme est aussi façonné par sa famille, son école et ses institutions.

Concernant les faux documents, la réponse doit être juridique et non identitaire. Toute fraude établie doit être sanctionnée, quelle que soit la nationalité de son auteur. Lorsqu'une nationalité ou une qualification est légalement exigée, elle doit être vérifiée selon une procédure fiable, impartiale et susceptible de recours.

La Mériquité protège le mérite, mais un mérite ne peut être apprécié dans une compétition faussée par la fraude. Elle combat donc les faux documents sans transformer les étrangers en suspects collectifs.

Question 3 · Mozess Silue

Comment instaurer une véritable Mériquité dans une société où la naissance, les relations et les privilèges semblent parfois peser plus lourd que le mérite ?

On ne supprimera pas les privilèges de naissance par des proclamations, mais en empêchant qu'ils deviennent des titres d'accès aux biens publics.

La Mériquité exige que les bourses, concours, emplois, marchés, postes et titres reposent sur des critères écrits, publics et vérifiables. Elle impose également la motivation des décisions, la traçabilité, le contrôle indépendant et le droit de recours.

Elle tient compte des conditions de départ afin que l'avantage hérité ne soit pas confondu avec le mérite personnel.

La naissance peut donner un avantage dans la vie ; elle ne doit jamais donner un droit supérieur sur ce qui appartient à tous.

Question 4 · Ibrahim Diomandé Vabouesso

Quelle serait l'une des méthodes permettant à cette nouvelle doctrine d'être appliquée par le gouvernement ivoirien ?

Une première méthode consisterait à soumettre toute politique publique à trois épreuves :

Que transmet-elle ? Protège-t-elle réellement l'effort ? Ses résultats sont-ils prouvés ?

Concrètement, chaque mesure devrait avoir des objectifs publics, des critères stables, des indicateurs vérifiables et une évaluation distincte de l'autorité qui l'exécute.

Ainsi, le gouvernement ne pourrait plus se contenter d'annoncer une bonne intention. Il devrait démontrer que les moyens employés produisent les résultats promis, sans favoritisme et sans appauvrir les générations futures.

La Mériquité devient effective lorsque le pouvoir accepte d'être jugé par des règles, des résultats et des preuves.

Question 5 · Fousseni Tamadou

Comment la Mériquité compte-t-elle donner une véritable chance aux jeunes qui ont du talent, mais qui n'ont ni relations ni moyens financiers pour faire valoir leur mérite ?

Le talent ne suffit pas lorsqu'un jeune n'a ni formation adaptée, ni accès à l'information, ni moyens de se présenter devant les bonnes portes. La responsabilité de la société est donc de développer ses capacités et de corriger les obstacles qui l'empêchent de les exercer.

La Mériquité exige ensuite que les stages, emplois, concours, bourses et financements publics soient accessibles selon des critères transparents, sans que l'argent ou la relation remplacent la capacité.

Elle ne garantit pas la réussite automatique de chaque talent. Elle garantit que l'absence de relations ne devienne pas une condamnation.

Un jeune ne doit pas avoir besoin d'un protecteur pour que son talent soit seulement examiné.

Question 6 · Fousseni Tamadou

Si demain la Mériquité était appliquée dans un pays, quel serait le premier changement visible que les citoyens devraient constater dans leur vie quotidienne ?

Le premier changement visible devrait être simple : le citoyen saurait pourquoi une personne a obtenu une bourse, un emploi, un marché ou une responsabilité publique.

Les critères seraient publiés avant la décision ; les résultats pourraient être vérifiés ; les refus seraient motivés ; les irrégularités pourraient être contestées.

Ce changement ne résoudrait pas immédiatement toutes les difficultés économiques. Mais il rétablirait une chose fondamentale : la conviction que le travail, la compétence et l'intégrité peuvent ouvrir une porte sans argent, sans appartenance et sans intervention personnelle.

Le premier signe de la Mériquité serait donc la fin progressive du sentiment que tout est joué d'avance.

Question 7 · Hexaconnect

Que pensez-vous de la situation sociopolitique de la Côte d'Ivoire ?

Je vois une Côte d'Ivoire qui demeure fragilisée par la division, la défiance envers les institutions, le sentiment d'injustice et l'idée trop répandue que la relation compte davantage que le travail.

Notre problème n'est donc pas seulement électoral ou économique. Il est aussi institutionnel et moral : beaucoup de citoyens ne croient plus que la règle s'applique également à tous.

Je refuse toutefois d'ajouter la division à la division. La réponse n'est ni la vengeance ni l'effacement de nos différences. Elle réside dans l'État de droit, la justice, la vérité et l'élargissement de nos solidarités jusqu'à la Nation.

La Côte d'Ivoire ne retrouvera une paix durable que lorsque chacun pourra se reconnaître dans une règle commune, indépendante de son nom, de son origine et de son camp politique.

Question 8 · Alain Lohi

Comment la Mériquité va-t-elle s'appliquer au niveau de vie des Ivoiriens, à leur pouvoir d'achat et à la répartition des richesses en Côte d'Ivoire, lorsque nous savons que certaines régions sont en retard par rapport à d'autres ?

La Mériquité ne mesure pas le développement par la seule croissance nationale. Elle demande si chaque citoyen peut vivre dignement du fruit de son travail et si les possibilités réelles progressent dans toutes les régions.

Lorsqu'un territoire manque d'écoles, de soins, d'infrastructures ou d'activités productives, traiter ses habitants exactement comme ceux d'une région déjà équipée perpétue l'inégalité. L'équité commande donc d'accorder davantage de moyens là où les déficits sont objectivement établis.

Cette correction doit reposer sur des indicateurs publics, non sur l'origine des populations ou leur fidélité électorale.

Concernant le pouvoir d'achat, la question mériquitaire est concrète : le travail d'une personne lui permet-il effectivement de vivre dignement ? Les réponses fiscales, salariales et productives seront précisées dans le programme de gouvernement.

Il ne s'agit pas de favoriser une région, mais de garantir à chaque Ivoirien des capacités comparables, où qu'il soit né.

Question 9 · Simon Pierre

Ma question est de savoir si la Mériquité n'est pas un concept de management de qualité, un peu comme le modèle chinois ?

Non. La Mériquité n'est ni une technique de management de la qualité ni la reproduction d'un prétendu « modèle chinois ».

Le management de la qualité cherche principalement à améliorer les procédures, les produits et les résultats d'une organisation. La Mériquité est une doctrine politique : elle définit ce que l'individu doit à la communauté, ce que la communauté lui doit et ce que les générations présentes doivent transmettre aux suivantes.

Elle partage avec les démarches de qualité une exigence utile : fixer des critères, mesurer les résultats et corriger ce qui ne fonctionne pas. Mais elle y ajoute des choix moraux et politiques que le management ne peut fournir : dignité inconditionnelle, justice, liberté, solidarité, protection du mérite et limitation du pouvoir.

La qualité peut être un instrument de la Mériquité ; elle n'en est ni l'origine ni la définition.

Question 10 · Nagnanfolo Coulibaly

Est-ce que la Mériquité, c'est le dépassement de soi ?

Le dépassement de soi peut être une conséquence de la Mériquité, mais il n'en constitue pas la définition.

La Mériquité demande à chacun de contribuer selon ses capacités et de transmettre mieux ce qu'il a reçu. Cela peut exiger l'effort, la discipline et parfois le sacrifice.

Mais elle ne transforme pas le dépassement personnel en obligation héroïque. Aucun sacrifice demandé au nom de l'avenir ne doit faire descendre les vivants sous le seuil de la dignité. Et la société doit, en retour, protéger l'effort de celui qui contribue.

Le dépassement de soi concerne ce que je peux devenir ; la Mériquité organise aussi ce que nous nous devons les uns aux autres et ce que nos institutions doivent garantir.

Question 11 · Kigbafori Edouard Soro

Quelles pourraient être les autres forces idéologiques et politiques avec lesquelles vous souhaiteriez travailler, une fois au pouvoir d'État ?

Je ne choisirai pas mes partenaires selon une étiquette de droite, de gauche ou de centre, mais selon des compatibilités clairement établies.

Je suis disposé à travailler avec toute force démocratique qui respecte la République, l'État de droit, les libertés fondamentales, la souveraineté nationale, la non-discrimination, la protection du mérite et la nécessité de transmettre un pays meilleur.

Cette coopération peut prendre la forme d'un dialogue, d'un accord politique ou d'une action commune. Elle devra toujours reposer sur des engagements écrits et vérifiables.

L'ouverture ne signifie pas l'effacement de nos principes. Nous pouvons négocier des moyens, des priorités et un calendrier ; nous ne négocierons ni la dignité humaine, ni la justice, ni les libertés, ni l'intégrité des institutions.

Nous travaillerons avec ceux qui acceptent une règle simple : servir ensemble la Nation sans se partager l'État.

Question 12 · Ousmane Kone

La Mériquité peut-elle réellement contribuer à construire une souveraineté économique ?

Oui, la Mériquité peut contribuer à la souveraineté économique, parce qu'elle interdit à une génération d'aliéner irréversiblement ce qui appartient aussi aux suivantes.

Le sous-sol, l'eau, les mines, la terre et les ressources stratégiques peuvent être exploités et leurs produits commercialisés, mais leur maîtrise collective ne doit pas être abandonnée.

La souveraineté ne signifie toutefois ni isolement ni refus des partenariats. Elle suppose la capacité nationale de choisir, de négocier, de produire, de former ses compétences et d'évaluer les conséquences de ses engagements.

Un pays n'est pas économiquement souverain parce qu'il refuse l'étranger ; il l'est lorsqu'il peut coopérer sans perdre la maîtrise de son avenir.

Question 13 · Stéphanie Marlène Bailo

Excellence, vous insistez sur le fait que ce n'est ni un programme électoral ni une doctrine d'assistance. Comment un militant ou un citoyen doit-il s'en servir concrètement au quotidien ?

Le citoyen peut utiliser la Mériquité comme une règle quotidienne de jugement et de conduite.

Avant d'agir, il peut se poser trois questions : qu'ai-je reçu ? Mon comportement protège-t-il l'effort d'autrui ? Que vais-je transmettre après moi ?

Concrètement, cela signifie contribuer selon ses capacités, refuser la corruption et la faveur, respecter le bien commun, élargir sa solidarité au-delà de ses proches et ne pas confondre réussite personnelle et supériorité morale.

Pour le militant, cela signifie également exiger de son propre Mouvement les règles qu'il réclame pour l'État.

La Mériquité commence lorsque nous cessons de demander aux autres une rigueur que nous refusons de nous appliquer.

Question 14 · Léo Niaba

Dans un pays défiguré, balafré et balkanisé par des crises successives, un pays où le civisme et la morale sont foulés aux pieds, un pays dans lequel le tribalisme et la promotion de la médiocrité sont la règle, comment la Mériquité compte-t-elle s'attaquer à de tels maux ?

La Mériquité s'attaque à ces maux par les institutions, l'école et la règle commune.

Par l'école, elle veut former des citoyens libres, intègres, disciplinés et responsables.

Par les institutions, elle exige que les postes, les marchés, les concours et les bourses soient attribués selon des critères publics, et non selon l'ethnie, le parti ou la relation.

Par la justice, elle refuse à la fois l'impunité et la vengeance : la cité juge, la victime choisit, la Nation guérit.

Enfin, elle ne combat pas le tribalisme en demandant aux Ivoiriens d'oublier leurs peuples ou leurs cultures. Elle élargit leur solidarité jusqu'à la Nation.

On peut célébrer son appartenance ; on ne peut pas gouverner, recruter ou distribuer avec elle.

Question 15 · Stéphanie Marlène Bailo

En une phrase, que doit retenir un jeune Ivoirien de 20 ans de “La Dette et le Mérite” pour orienter sa vie et son engagement ?

Tu n'es pas né seul : protège par ton travail ce que tu as reçu et transmets à ceux qui viendront une Côte d'Ivoire meilleure que celle qui t'a été confiée.

Question 16 · Konan Raymond Koffi

Vous avez parlé des doctrines du libéralisme et du socialisme. Peut-on dire que le capitalisme, dont vous n'avez pas parlé, a un lien avec le libéralisme et le socialisme ? Et en quoi la Mériquité serait-elle la nouvelle doctrine à saisir pour la jeunesse actuelle, et en particulier celle de la Côte d'Ivoire ?

Le capitalisme est un système économique fondé principalement sur la propriété privée du capital, l'investissement et les échanges marchands. Il entretient une relation historique étroite avec certaines formes de libéralisme, mais les deux ne se confondent pas : le libéralisme est aussi une doctrine des libertés et de la limitation du pouvoir. Le socialisme, quant à lui, regroupe des doctrines diverses qui critiquent ou réorganisent la propriété, la production et la répartition des richesses.

La Mériquité ne prétend pas avoir déjà tranché tout le régime économique. Ses textes ne déterminent ni la part exacte de la propriété publique, ni le niveau fiscal, ni tous les mécanismes de redistribution. Ces choix appartiendront au projet de société et au programme.

Elle fixe cependant leurs limites : permettre à chacun de vivre dignement de son travail, empêcher la confiscation de l'effort, corriger les inégalités de départ et préserver les biens communs des générations futures.

La jeunesse ne doit donc pas choisir la Mériquité parce qu'elle serait simplement nouvelle, mais parce qu'elle lui donne le droit d'exiger à la fois une chance réelle aujourd'hui et un héritage meilleur demain.

Question 17 · C. Martínez Fatima

Président, maintenant que cette vision est posée, quel est, selon vous, le plus grand piège ou obstacle à éviter pour sa mise en œuvre sur le terrain ?

Le plus grand piège serait que ceux qui gouvernent au nom de la Mériquité s'en servent pour juger les autres tout en s'exemptant eux-mêmes de ses exigences.

La doctrine deviendrait alors un vocabulaire de pouvoir, et non une limite imposée au pouvoir.

Pour l'éviter, les critères doivent être fixés avant les décisions, les résultats rendus vérifiables et le contrôle confié à des institutions distinctes de celles qui exécutent.

Le véritable test ne sera pas ce que nous dirons de la Mériquité, mais ce qu'elle nous interdira de faire lorsque nous détiendrons le pouvoir.

Question 18 · Stéphanie Marlène Bailo

« On célèbre son ethnie. On ne distribue pas avec elle les postes, les marchés, les bourses et les terres. » Comment faire respecter cette ligne rouge dans la pratique politique ivoirienne ?

Cette ligne rouge doit devenir une règle juridique et institutionnelle.

L'origine, l'ethnie, la région, la religion ou la langue ne peuvent déterminer l'attribution d'un poste, d'un marché, d'une bourse ou d'une terre publique. Chaque décision doit reposer sur un critère pertinent, annoncé et vérifiable.

Le contrôle doit être indépendant, les décisions contestables et les violations sanctionnées. Une politique destinée à corriger une inégalité territoriale ou sociale demeure possible, mais elle doit répondre à des faits objectivement établis et ne jamais devenir une préférence ethnique déguisée.

L'appartenance peut être célébrée dans la société ; elle ne doit jamais devenir une monnaie d'accès à l'État.

Question 19 · Stéphanie Marlène Bailo

Vous refusez à la fois la division ethnique et l'uniformité imposée. Comment concrètement « élargir le cercle de la solidarité jusqu'à la Nation » sans nier les solidarités de proximité ?

Élargir la solidarité ne signifie pas supprimer la famille, le village, la religion ou la communauté culturelle.

La Mériquité distingue les fidélités privées de l'exercice du pouvoir. Chacun demeure libre d'aider davantage ses proches. Mais lorsqu'il administre une ressource commune, il doit agir pour tous selon des critères impartiaux.

La Nation n'efface donc pas les cercles de proximité : elle les rassemble dans un cercle politique supérieur, celui de l'égalité des droits et de l'intérêt général.

Je ne demande à aucun Ivoirien de cesser d'aimer les siens ; je lui demande de reconnaître que, devant l'État, les siens sont tous les Ivoiriens.

Question 20 · Stéphanie Marlène Bailo

L'État doit « protéger, tranquilliser et développer ». Pourquoi avez-vous volontairement écarté le terme « sécuriser » ? Quelle différence fondamentale faites-vous entre tranquilliser et sécuriser ?

Je n'ai pas supprimé le droit à la sécurité. La sécurité protège contre le danger et demeure une obligation fondamentale de l'État.

J'ai écarté « sécuriser » comme définition de la finalité politique, parce qu'un pouvoir peut sécuriser une population par la surveillance, la contrainte et la peur.

Tranquilliser va plus loin : c'est rendre la vie prévisible par le droit, la justice et la confiance, afin que chacun puisse vivre librement sans être constamment surveillé.

Le mot « sécuriser » reste parfaitement légitime dans son usage technique : sécuriser une procédure, une donnée ou une transaction.

La sécurité empêche le danger ; la tranquillité permet de vivre librement sans être gouverné par la peur.

Question 21 · Ousmane Kone

Quelles sont les limites potentielles de la Mériquité ? Comment éviter qu'elle ne devienne un simple slogan politique ? Comment la Mériquité peut-elle renforcer la cohésion sociale ?

La Mériquité possède des limites que nous devons reconnaître.

L'appréciation contextualisée du mérite reste difficile à traduire sans produire une bureaucratie excessive. La protection du mérite peut aussi créer une compétition permanente. Enfin, l'équilibre entre un État développeur et un État qui ne taxe pas sans fin devra être précisé dans le projet de société.

Pour éviter le slogan, chaque politique devra comporter des objectifs, des critères publics, des indicateurs vérifiables et un contrôle indépendant. Une doctrine qui ne permet pas de juger ceux qui l'invoquent devient une simple propagande.

La Mériquité peut renforcer la cohésion sociale en garantissant à tous la même dignité, en protégeant l'effort contre la faveur et en élargissant les solidarités particulières jusqu'à la Nation.

Elle ne promet pas l'absence de désaccord ; elle veut créer une règle commune permettant aux Ivoiriens de vivre leurs différences sans se disputer l'État.

Question 22 · Stéphanie Marlène Bailo

L'anecdote des dix pintades est fondatrice. Au-delà du symbole, quelles institutions ou quels mécanismes concrets proposez-vous pour empêcher que le mérite soit encore volé aujourd'hui ?

L'anecdote des dix pintades montre que le mérite est volé lorsque l'accès à une chance dépend d'un paiement occulte, d'une relation ou d'une faveur.

La Mériquité pose donc une règle fondamentale : tout accès à un bien public — concours, bourse, emploi, marché, poste ou titre — doit reposer sur des critères écrits, publics et vérifiables.

Cette règle devra être accompagnée de mécanismes précis : traçabilité des décisions, motivation des refus, contrôle indépendant, possibilité de recours, publication des résultats et sanctions effectives contre la corruption, le favoritisme et les conflits d'intérêts. L'autorité qui décide ne doit pas être seule juge de la régularité de sa propre décision.

La doctrine fixe cette exigence permanente. Le projet de société et le programme de gouvernement devront ensuite déterminer les institutions compétentes, leurs pouvoirs et leurs procédures.

Nous ne demandons pas que les dirigeants soient crus sur parole. Nous voulons des règles assez solides pour qu'aucun enfant n'ait plus jamais besoin de dix pintades.

Question 23 · Stéphanie Marlène Bailo

Vous affirmez qu'on n'est jamais quitte de cette dette. Comment concilier cette obligation permanente avec le droit de chaque génération à tracer son propre chemin ?

La dette ne commande pas à chaque génération de reproduire ce qu'elle a reçu. Recevoir n'est pas obéir : recevoir, c'est juger.

Chaque génération doit pouvoir conserver ce qui est juste, corriger ce qui est insuffisant et abolir ce qui est injuste ou mauvais. Elle demeure donc libre de choisir ses institutions, ses priorités et ses moyens. Ce qui lui est interdit, en revanche, c'est de s'approprier ou de détruire les biens communs indispensables à la liberté de ceux qui viendront après elle.

La permanence de la dette n'enferme donc pas les générations futures dans les choix du passé. Elle protège précisément leur droit de choisir. Notre génération peut transformer l'héritage, mais elle ne doit pas épuiser les ressources, ruiner les institutions ou compromettre les capacités qui permettront aux suivantes de tracer leur propre voie.

Enfin, aucun avenir ne justifie d'abaisser les vivants sous un seuil de dignité.

Nous devons être libres à l'égard du passé, responsables dans le présent et loyaux envers l'avenir.

Question 24 · Nakéna Anin

La Mériquité s'assimile-t-elle au progressisme, comme on le voit au Burkina ?

La Mériquité ne s'assimile automatiquement ni à un courant politique burkinabè ni à une étiquette importée.

Elle peut être dite progressiste au sens ordinaire du terme, puisqu'elle exige que l'héritage soit transmis amélioré. Mais elle ne considère pas tout changement comme un progrès. Une transformation n'est juste que si elle protège la dignité, développe les capacités humaines, empêche le vol du mérite et préserve les possibilités des générations futures.

La Mériquité ne commande donc ni de conserver systématiquement le passé ni de le renverser systématiquement. Elle demande de le juger : conserver ce qui est juste, corriger ce qui est insuffisant et abolir ce qui est injuste.

Elle est née d'une expérience ivoirienne, tout en assumant son enracinement africain et sa vocation universelle. Elle pourra dialoguer avec d'autres expériences africaines, notamment burkinabè, sans se confondre avec elles.

Notre critère n'est pas la nouveauté du changement, mais la justice de ce qu'il produit et la qualité de ce qu'il transmet.

Question 25 · Daoudi Sawadogo

Merci au Président pour son exposé. Ma question est la suivante : pourquoi le Président n'a-t-il pas cité de référence africaine qui pourrait mieux expliquer ce concept ?

J'en ai cité, même si elles auraient sans doute mérité d'être davantage soulignées.

J'ai notamment repris la pensée de Joseph Ki-Zerbo selon laquelle se développer consiste à multiplier les possibilités de choix libérateurs. J'ai également évoqué cette parole ouest-africaine qui présente la terre comme appartenant à une vaste famille composée des morts, des vivants et de ceux qui ne sont pas encore nés. Enfin, l'image africaine ancienne du cœur pesé contre une plume rappelle que la valeur d'un gouvernant ne se mesure pas seulement à sa puissance, mais à sa justice et à son équilibre.

Ces références ne constituent cependant pas des ornements ni des arguments d'autorité. La Mériquité ne prétend pas résumer toutes les pensées africaines ou parler au nom d'une Afrique supposée homogène. Elle assume une idée plus exigeante : un mouvement politique africain peut produire ses propres concepts à partir de son histoire et leur donner une portée universelle.

La Mériquité ne cherche pas seulement ses références en Afrique : elle revendique pour l'Afrique le droit de créer de nouvelles références.

Question 26 · Adams Adams

Où se situe donc la limite entre le soutien obligatoire de la collectivité et la protection du fruit du mérite personnel ? Si cette doctrine n'est pas une troisième voie, alors comment la situer par rapport au socialisme et au libéralisme ? Comment la distinguez-vous, sur le plan économique et social, des autres doctrines susmentionnées ?

La limite repose sur une distinction essentielle.

La dignité, les droits fondamentaux, les soins essentiels, la justice, la sécurité et la protection contre l'abandon sont dus à toute personne sans condition de mérite. La collectivité doit également développer les capacités de chacun en tenant compte des besoins, des conditions de départ et des obstacles réels.

Mais cette solidarité ne l'autorise pas à confisquer arbitrairement le fruit du travail, de la création ou de l'effort. Au-delà du socle inconditionnel, les responsabilités et les avantages publics doivent être attribués selon des critères objectifs, transparents et vérifiables.

La Mériquité n'est donc pas un compromis arithmétique entre socialisme et libéralisme. Elle se situe sur un autre axe : celui de la transmission entre les générations et de la réciprocité entre l'individu et la communauté.

Elle refuse la liberté abstraite qui abandonne l'enfant pauvre sans école, sans santé et sans droit effectif. Elle refuse également une redistribution administrée par un État capté, qui corrigerait les conséquences sans transformer les mécanismes produisant l'injustice.

La doctrine ne constitue pas encore un programme économique complet. Elle peut accueillir le marché, la propriété, l'initiative privée et la solidarité publique, à condition qu'ils protègent la dignité, le mérite et l'avenir commun.

La dette empêche le mérite de justifier les privilèges ; le mérite empêche la dette de nier l'effort.

Question 27 · Adams Adams

Comment la Mériquité compte-t-elle valoriser le mérite individuel tout en luttant contre le népotisme, le favoritisme ou les inégalités existantes en Côte d'Ivoire ?

La Mériquité ne confond pas le mérite avec la réussite visible. Une personne favorisée dès le départ ne peut être comparée mécaniquement à celle qui a dû surmonter la pauvreté, l'éloignement, le handicap ou l'insuffisance des services publics.

Le mérite doit être apprécié à partir des accomplissements et des capacités démontrées, mais aussi des moyens disponibles, des conditions de départ et des obstacles effectivement surmontés. Pour l'accès à une responsabilité, l'intégrité constitue d'abord une condition préalable.

La lutte contre le népotisme et le favoritisme exige ensuite que tout accès à un emploi, un concours, une bourse, un marché, un poste ou un titre public repose sur des critères écrits, publics et vérifiables. Les décisions doivent être motivées, contrôlables et susceptibles de recours. Les conflits d'intérêts, la corruption et les interventions indues doivent être sanctionnés.

Enfin, la collectivité doit agir sur les inégalités de départ par l'éducation, la santé, la justice et le développement des capacités.

La justice mériquitaire ne promet pas la même réussite à tous ; elle garantit à chacun que son origine ne décidera pas à la place de son effort.

Question 28 · Adams Adams

Si la Mériquité pose que chaque citoyen naît avec une dette sociale ou générationnelle, comment l'État doit-il s'assurer que tous les jeunes partent du même niveau pour pouvoir la rembourser ? Comment rétablir la situation pour ceux qui l'ont bradée sans assurer la continuité générationnelle ?

Je précise d'abord que la dette mériquitaire ne se rembourse pas. Elle s'honore en préservant, en améliorant et en transmettant ce qui a été reçu.

L'État ne peut pas garantir que tous les jeunes partiront exactement du même niveau. Les familles, les territoires et les parcours demeureront différents. Il doit cependant garantir à chacun un socle effectif de dignité et de capacités : l'école, les soins essentiels, la sécurité, la justice et la possibilité réelle de développer ses aptitudes. L'équité consiste à fournir davantage de moyens là où les obstacles objectifs sont plus importants.

Quant à ce qui a déjà été bradé, tout ne pourra pas être reconstitué. Il faut le reconnaître avec vérité. La réponse doit associer l'établissement des responsabilités, la justice, la récupération de ce qui peut l'être, la restauration des institutions et la protection des biens communs encore disponibles. Il n'y aura ni impunité ni vengeance.

Nous ne pouvons pas toujours rendre intact ce qui a été perdu ; nous pouvons empêcher que la perte devienne l'héritage définitif de nos enfants.

Question 29 · Géraud Géraud

Avec quel pays faudrait-il s'associer, notamment avec une grande puissance économique mondiale, pour que la Mériquité puisse réellement être développée en Côte d'Ivoire ?

La Mériquité ne dépend d'aucune puissance étrangère et ne désigne aucun pays comme partenaire naturel ou exclusif. Elle est une doctrine politique ivoirienne, destinée à orienter notre propre manière de gouverner.

La Côte d'Ivoire doit coopérer avec tous les États susceptibles de contribuer utilement à son développement, mais selon des conditions déterminées par son intérêt national : respect de sa souveraineté, transfert de compétences et de technologies, formation des Ivoiriens, création de valeur sur le territoire national, transparence des engagements et préservation de la maîtrise collective des ressources stratégiques.

Le choix d'un partenaire précis dépendra donc du secteur concerné, des offres disponibles et des garanties obtenues. Il relève du projet de société, puis du programme de gouvernement et de la conduite diplomatique ; il ne peut être fixé abstraitement par la doctrine.

La diversification des partenariats constitue en outre une protection contre toute dépendance excessive.

Nous ne cherchons pas une puissance à laquelle confier notre avenir, mais des partenaires capables de nous aider à devenir davantage maîtres de cet avenir.

Question 30 · Ngolo Katienin Désiré Ouattara

Quels seront les mécanismes que vous déployerez pour l'effectivité de cette doctrine ?

Une doctrine devient effective lorsqu'elle se traduit successivement dans un projet de société, un programme de gouvernement, des règles juridiques, des institutions et des politiques publiques évaluables. La Mériquité ne doit donc pas rester un discours moral.

Son application reposera notamment sur des critères écrits, publics et vérifiables pour l'accès aux biens et responsabilités publics ; la motivation et la traçabilité des décisions ; des contrôles indépendants ; des recours accessibles ; des sanctions effectives contre la corruption et le favoritisme ; enfin, des objectifs assortis d'indicateurs stables permettant de mesurer les résultats obtenus.

Chaque politique devra répondre à trois questions : que préserve-t-elle ou améliore-t-elle pour les générations futures ? Protège-t-elle réellement l'effort et les capacités de chacun ? Ses effets sont-ils démontrés par des résultats vérifiables ?

La doctrine fixe ces exigences permanentes. Le projet de société déterminera les transformations recherchées, tandis que le programme de gouvernement précisera les mesures, les moyens, les délais et les institutions responsables.

La Mériquité ne demande pas que l'on croie aux intentions du pouvoir : elle exige que l'on puisse vérifier ses actes et mesurer leurs résultats.

Guillaume Kigbafori SoroPrésident de Générations et Peuples Solidaires
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