Face aux doctrines
Une doctrine se comprend autant par ce qu'elle refuse que par ce qu'elle affirme. Cinq mises en regard, sans polémique : ce que soutient l'autre doctrine, ce qui est partagé, et le point précis de divergence.
Mériquité et libéralisme
Ce que dit le libéralisme. Né avec Locke, Smith, Montesquieu et Mill, le libéralisme fait de la liberté individuelle le principe premier : propriété, contrat, État de droit, marché. La justice y est d'abord procédurale — des règles égales pour tous, et non un résultat garanti. L'individu y est traité comme le point de départ de l'analyse politique.
Ce qu'elles ont en commun. L'attachement au droit, l'exigence de règles impersonnelles, la défense de l'effort individuel contre l'arbitraire.
Où passe l'écart. La Mériquité refuse l'individu comme point de départ. « Nul ne vient de nulle part » : le sujet est constitué par ce qu'il a reçu avant de choisir. La liberté formelle sans les capacités réelles n'est pas une liberté — « il lui donne la responsabilité de son propre échec ».
Mériquité et socialisme
Ce que dit le socialisme. Des socialismes utopiques de Saint-Simon, Fourier et Proudhon à la critique marxienne, le socialisme fait de l'inégalité une production sociale et non un destin, et cherche par la propriété collective ou la redistribution à corriger ce que le marché produit.
Ce qu'elles ont en commun. L'idée que l'inégalité est fabriquée, la dette envers celui qui ne peut rien rendre, le refus de la société réduite à un marché.
Où passe l'écart. La Mériquité tient la redistribution pour insuffisante et parfois contre-productive : « redistribuer par un État capté, c'est nourrir la capture ». Elle protège le mérite comme droit, là où les doctrines de la seule solidarité le dissolvent dans le collectif.
Mériquité et conservatisme
Ce que dit le conservatisme. Depuis Burke, le conservatisme pense la société comme un héritage transmis à travers les générations, se méfie des refontes abstraites et valorise la prudence, la continuité et les institutions éprouvées.
Ce qu'elles ont en commun. L'héritage comme fait politique premier, la responsabilité envers les générations à venir, la défiance envers l'homme abstrait.
Où passe l'écart. La Mériquité fait de la réception un acte critique et non un acte de fidélité : « recevoir n'est pas obéir : recevoir, c'est juger ». L'héritage oblige à corriger et à abolir autant qu'à conserver. On n'améliore pas ce que l'on se borne à répéter.
Mériquité et ubuntu
Ce que dit le ubuntu. Formulé dans les langues bantoues d'Afrique australe et théorisé au XXe siècle, l'ubuntu tient que la personne n'existe qu'à travers autrui — umuntu ngumuntu ngabantu. Il a nourri la justice restaurative sud-africaine et a été repris par des textes juridiques et des juridictions.
Ce qu'elles ont en commun. La conception relationnelle de la personne, l'obligation envers la communauté, la préférence de la réparation sur la revanche.
Où passe l'écart. La Mériquité ajoute un second terme que l'ubuntu ne thématise pas : le mérite comme droit protégé par des critères écrits et vérifiables. Elle refuse aussi que le pardon soit une politique publique : « le pardon moral appartient à la victime — jamais à l'État ».
Mériquité et humanisme
Ce que dit le humanisme. L'humanisme, tradition longue et plurielle, place la dignité de la personne au centre et refuse de la réduire soit à un atome isolé, soit à un rouage d'un tout qui la dépasse.
Ce qu'elles ont en commun. La dignité indépendante de la naissance, de la richesse, de l'origine, de la religion et de la condition.
Où passe l'écart. La Mériquité s'y inscrit plutôt qu'elle ne s'y oppose : elle restaure « l'homme comme sujet à la fois libre et redevable, capable de choisir et de juger ce qu'il reçoit, mais jamais détaché de ce qui l'a rendu capable de choisir ».